Bis repetita : après la France, les congélateurs de l’Europe piratés

12 octobre, la France. 2 novembre, l’Europe. Trois semaines d’écart, la même méthode, les mêmes équipements, les mêmes failles. Et pourtant, l’alerte avait été donnée.

12 octobre : la France

Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates prennent le contrôle à distance des régulateurs de froid de plusieurs centaines de supermarchés français : Intermarché, Super U, Leclerc, Monoprix, Market… Les rayons frais et surgelés sont vidés et détruits par précaution sanitaire. À Haguenau (Bas-Rhin), deux Intermarché chiffrent leurs pertes à 270 000 €.

Le jour même, le CERT-FR, l’équipe de réponse aux incidents de l’ANSSI, publie une alerte. Danfoss, le fabricant danois des contrôleurs visés, diffuse des correctifs et demande dès le 13 octobre à ses clients néerlandais de déconnecter leurs installations d’Internet.

2 novembre : l’Europe

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, bis repetita, cette fois dans six pays :

  • Belgique et Luxembourg : une quarantaine de magasins Delhaize, une quinzaine de Carrefour et d’Intermarché, cinq Spar et une entreprise de boucherie anversoise. Un seul Delhaize, à Hoeilaart, chiffre ses pertes à 100 000 €. Le parquet fédéral belge a ouvert une enquête.
  • Pays-Bas : au moins 17 entreprises, surtout des boucheries, des commerces de quartier et un entrepôt de surgelés.
  • Irlande : produits frais et surgelés retirés de 13 magasins SuperValu.
  • Suède : plusieurs magasins Coop et ICA.
  • Estonie : un congélateur de supermarché programmé à +50 °C.

Même méthode

En France comme en Belgique, les pirates détournent la fonction de dégivrage pour imposer des températures pouvant atteindre 50 °C. Le directeur de Sabcobel, qui gère une partie des installations belges, reconnaît le mode opératoire observé en France ; ses techniciens étaient mobilisés dès 1 h du matin. En Estonie, l’installateur Kitman Coldtech décrit une attaque similaire, sur un ancien modèle Danfoss.

Mêmes failles

Selon Danfoss, cité par la télévision publique néerlandaise NOS, les systèmes attaqués aux Pays-Bas utilisaient encore leur mot de passe par défaut et n’étaient pas sur un réseau sécurisé. La plupart des clients avaient suivi la consigne du 13 octobre ; ceux qui ne l’avaient pas fait ont été touchés. Quelques jours après l’attaque française, plus de 4 500 interfaces Danfoss restaient accessibles en ligne en Europe.

Pas de hacker de génie, donc, mais des équipements jamais mis à jour, branchés sur Internet avec leurs réglages d’usine. À ce stade, personne n’a revendiqué ces attaques et aucune attribution officielle n’a été faite.

Pourquoi cela concerne la sécurité civile

Ces attaques visent des équipements qui pilotent le monde physique (la technologie opérationnelle, ou OT). En une nuit, des stocks alimentaires deviennent impropres à la consommation.

  1. Le froid est un maillon critique du ravitaillement. Une défaillance simultanée de plusieurs commerces d’un même bassin de vie réduit brutalement l’offre alimentaire.
  2. La vulnérabilité est d’abord organisationnelle. Mots de passe d’usine, mises à jour en souffrance, accès à distance laissés ouverts : la responsabilité est partagée entre exploitants, prestataires et fabricants.
  3. Les communes ont un rôle à jouer. Connaître les commerces alimentaires de son territoire, intégrer la rupture d’approvisionnement dans le Plan communal de sauvegarde, identifier les habitants qui dépendent le plus du commerce de proximité.

Deux fois en trois semaines. Rien ne dit que cela s’arrêtera là, qu’il s’agisse d’une cyberattaque, d’une panne électrique prolongée ou d’une rupture logistique.

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Sources

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