Le mot « résilience » est partout — dans les discours politiques, les plans stratégiques, les appels à projets. À force d’être employé pour tout, il finit par ne plus vouloir dire grand-chose de précis. Revenons à sa définition d’origine, telle que la construit la recherche depuis cinquante ans.
Deux origines, une même idée de fond
En France, le terme a d’abord été popularisé en psychologie par Boris Cyrulnik, qui l’a défini comme la capacité à reprendre un développement après un traumatisme. Mais la notion est utilisée depuis le début des années 1970 dans un tout autre champ : l’écologie des systèmes, à travers les travaux du chercheur C.S. Holling sur les interactions entre sociétés et environnement.
Appliquée à un territoire ou une organisation, la résilience désigne sa capacité à absorber une perturbation — un incendie, une inondation, une crise économique — et à se réorganiser de façon à conserver ses fonctions essentielles. En une phrase : la capacité à changer tout en gardant son identité.
Deux trajectoires possibles après une crise
Une fois la perturbation encaissée vient le moment de choisir une trajectoire. La recherche en distingue deux types. L’adaptation est une réaction au choc qui ne remet pas en cause les fondements du système : on ajuste, on renforce, on prévoit mieux la prochaine fois — sans changer l’essentiel. La transformation part d’un constat différent : le fonctionnement du système n’est plus tenable, pour des raisons économiques ou écologiques, et il faut en changer réellement.
Une distinction à ne pas confondre : résilience générale et résilience spécifique
Autre nuance utile : la plupart des politiques publiques raisonnent en termes de résilience spécifique — améliorer la réponse à un risque précisément identifié (une pandémie, une inondation). C’est utile, mais cela laisse de côté la résilience générale : la capacité de l’ensemble du système à encaisser n’importe quel type de choc, y compris ceux qu’on n’a pas anticipés.
Une limite a d’ailleurs été pointée par certains chercheurs : une politique de résilience purement spécifique et individuelle — chacun invité à constituer ses propres réserves, à s’organiser seul — peut glisser vers une responsabilisation excessive des individus, au détriment d’une action collective et planifiée.
Sept principes identifiés par la recherche
Au fil de cinquante ans de travaux sur la résilience des systèmes, la recherche a dégagé sept grands principes : maintenir la diversité (des acteurs, des ressources, des façons de faire) ; entretenir la connectivité entre groupes sociaux, pour partager l’information et la confiance nécessaire à l’action collective ; surveiller les processus lents (érosion des ressources, évolution des règles) avant qu’un seuil ne soit franchi ; penser en systèmes complexes plutôt qu’en solutions isolées ; encourager l’apprentissage par l’expérimentation ; élargir la participation aux citoyens ; et répartir les responsabilités entre plusieurs niveaux d’autorité connectés entre eux plutôt que sur un seul.
Pourquoi cette définition ne suffit pas à elle seule
Cette base théorique pose une question qu’elle ne tranche pas : dans un territoire donné, doit-on viser l’adaptation ou la transformation ? La réponse dépend de ce qu’on est prêt à remettre en cause — et de qui a la légitimité pour en décider. C’est précisément le sujet de notre prochain article : ce que signifie concrètement choisir la transformation plutôt que la seule adaptation, pour un territoire confronté aux risques majeurs.
Votre territoire vise-t-il l’adaptation, ou la transformation ?


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